Les Saintes-Maries-de-la-Mer


Dans l’antiquité, la Camargue était une île consacrée au dieu égyptien Râ, le père du soleil.

Le village des Saintes est bâti à proximité de l’emplacement de l’oppidum Râ. Il s’appella d’abord Notre Dame de Ratis, puis Radeau, puis Notre Dame de la Mer. À la Révolution, il fut baptisé Commune de la Mer. Son nom actuel Les Saintes Maries de la Mer date de 1838. Plusieurs vocables lui sont donnés : Notre Dame de la Barque, les Maries, Les Deux Maries de la Mer, les Trois Maries.

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L’église construite près de l’embouchure du petit Rhône, avait un rôle stratégique : au Moyen Age, les pirates sévissaient sur cette côte déserte et éloignée de toute ville. Ainsi quand ils apparaissaient au loin en mer, la population se réfugiait dans l’église. Cela explique que les murs soient percés de meurtrières et qu’on y trouve un puits d’eau douce à l’intérieur.

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Les Saintes Maries sont depuis toujours un haut lieu de pèlerinage

.Le sanctuaire dédié à Notre Dame de la Mer, tel que nous le connaissons aujourd’hui fut bâti autour d’une église primitive connue dès le IV° siècle, elle-même construite à l’endroit où la tradition gardait le souvenir du lieu de vie et de mort des Saintes. Ce premier édifice fut conservé à l’intérieur de l’église fortifiée jusqu’en 1448.

La légende des Saintes Maries s’appuie sur des sources sacrées, sur les textes de l’Evangile et des actes mentionnant la présence au Golgotha des compagnes de la Vierge.

Après la mort du Christ, Marie Jacobé : femme de Cléophas, mère de Saint Jacques le Mineur, Marie Salomé : épouse de Zébédée, mère de Saint Jean l’Evangéliste et de Saint Jacques le Mineur, Marie : mère de Jésus, et les apôtres vivaient à Jérusalem. Ils attiraient à la religion chrétienne un nombre croissant d’adeptes. Ils furent persécutés par les juifs, qui les obligèrent à monter dans des barques sans voiles, sans aviron, sans provisions qu’ils poussèrent à la mer,.

Les Saintes Femmes, Lazare et sa famille, Marthe, Marie Madeleine et quelques autres débarquent par miracle sur la plage des Saintes.

Petite parenthèse : Marseille, Arles, les Baux de Provence se disputent le privilège d’avoir accueilli la Barque des Saintes.

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La tradition adjoint Sara : une ancienne déesse ? Une familière des Saintes dont elle partagea l’exil ? La femme répudiée de Pilate ? Ou celle d’Hérode ?

Un évangile apocryphe datant du IIe siècle, la lettre des Apôtres, mentionne que lors de la résurrection, le Christ apparut à trois femmes : Marie de Magdala, Marthe et Sara. Sara deviendra la sainte des gitans, leur patronne. Une chose est sûre : Sara la noire avait la peau très mate.

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A terre, chacun se disperse pour évangéliser les peuplades voisines, Trophime s’arrêta à Arles, Marthe vint à Tarascon, Lazare prit le chemin de Marseille, Maximin gagna Aix, accompagné de Marie Madeleine qui se retire à la Sainte Baume.

Seules Marie Jacobé et Marie Salomé restent sur place et convertissent les nomades qui parcourent les forêts et les lagunes, à la foi nouvelle : l’évangélisation de la France s’est faite par la vallée du Rhône.

Marie Jacobé mourut d’abord, suivie de près par Marie Salomé. Ainsi chaque 25 mai et chaque 22 octobre on commémore leur souvenir respectif.

Les corps des Saintes ont été ensevelis près d’une source d’eau douce qui assure la filiation des cultes païen et chrétien qui vénéra la source et attribua aux Maries le miracle de son jaillissement.

La tradition d’inhumation des Saintes remonte à loin : le culte date du VIe siècle. Elle était admise au XIIe, selon un texte de Gervais de Tilbury, maréchal du royaume d’Arles : « l’antique tradition pleine d’autorité » selon laquelle six têtes de corps saints disposées en carré, reposent sous l’autel de la basilique. « On assure que de ce nombre sont les deux Maries qui, le premier jour après le sabbat, vinrent avec des parfums voir le tombeau du Sauveur ».

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Au siècle suivant, une confrérie des Saintes est fondée à Notre Dame de la Mer en l’honneur des Saintes. En 1357, Jean de Venette, religieux carme du couvent de paris termine un poème dans lequel il mentionne la présence des corps, ensevelis dans l’église pour les soustraire à la profanation des pirates :

… « Cil lieux se dit et fait nommer
Aux deux Maries de la mer
Illec sont près du rivage…
Là reposent les deux Maries
Honorées et seignourées
C’est Jacobé et Salomé
Qui sont en grande renommée…
Ou leurs corps saints gisent sans double
Droit en l’église et en la crouste »…

Le pèlerinage jouissait d’une grande faveur au XVe siècle : des témoignages écrits apportent dès lors des garanties.

Le roi René, Comte de Provence, séduit par l’histoire des Saintes, entreprend de rechercher les restes en 1448 avec l’autorisation du pape Nicolas V. Les personnes habilités, ayant prêtées serment sur les saints Évangiles mettent au jour une tête de corps humain enveloppée dans du plomb. Puis, sous le chœur, ils découvrent des vases et un mur transversal, dans lequel se trouve une porte fermée par une pierre. Au pied du grand autel, ils dégagent les têtes et les ossements de deux corps humains que l’on attribuera aux deux Saintes.

Les fouilles avaient duré quinze jours. Neuf témoins, notables ecclésiastiques du pays d’Arles, attestèrent sous la foi du serment que « les corps des Saintes Maries reposaient dans l’église du lieu de la Mer…qu’il s’y faisait une grande affluence de pèlerins venant des environs et des pays éloignés ».

Le roi René, devant la concordance des faits, acquis la certitude qu’on avait mis à jour les restes des Saintes, il obtint l’approbation du pape pour les élever solennellement. Le 2 décembre 1448, en grande cérémonie, devant la cour du roi, le cardinal légat du pape proclama que les corps des Saintes Maries reposaient véritablement dans l’église. Le lendemain, après être nettoyées, les reliques furent déposées dans une châsse faite de bois de cyprès, ornées de ferrure d’argent et couverte d’étoffes de soie brodée d’or, portées à la vénération sur la place publique. Le 4 décembre, les châsses furent fermées à clé et hissées dans la chapelle haute de l’église.

A la révolution, les jacobins ont presque réussi à brûler les reliques, une partie a été heureusement sauvée par les fidèles. Depuis 1794, elles sont placées dans de nouvelles châsses en bois blanc. De ce jour, en souvenir, il y a un pèlerinage en octobre.

Tous les 24 mai, les gitans viennent adorer leur sainte : Sara. Chacun vient ici déposer un cierge dans cette crypte, véritable étuve. Et puis on habille régulièrement la statue d’habits neufs. Dans l’après midi du 24, après messe, cantiques, vœux, les gitans partent en procession jusqu’à la mer…

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Après les vêpres, le 25 mai, les châsses des deux Maries sont descendues de la chapelle haute. Chaque arrêt prévu par une très ancienne liturgie est marqué de cantiques : « vive les Saintes Maries », les châsses atteignent le cœur, les fidèles tendent les bras vers les saintes pour essayer de les toucher, les croyants embrassent les bois des châsses en récitant des prières et en formulant des vœux. Le lendemain, une barque remplie de fleurs printanières dans laquelle sont placées les deux saintes est promenée dans le village,  jusqu’à la mer. Bénédictions et sermons dans l’eau. Retour à l’église, les châsses sont remontées jusqu’en octobre.

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LES GITANS
La date d’arrivée des gitans en Camargue n’est pas fixe. Il est clair pourtant, qu’à partir de 1935, des gitans s’installent en Camargue avec l’aide du Marquis de Baroncelli et obtiennent l’autorisation de faire leur procession à la mer. Entre les deux guerres, un million de gitans viennent déjà aux Saintes en pèlerinage.

A partir de 1950, toutes les ethnies convergent vers le petit village,

Une association a été créée en 1984 ayant un rôle de solidarité active envers les gens du voyage. Elle s’efforce d’obtenir une bonne prise en compte de l’accueil des gitans, elle informe sur la culture des gitans : « le voyage du gitan est une philosophie, c’est une façon d’être et de vivre, c’est une disponibilité ».

De nos jours, le pèlerinage est devenu une institution, un peu à l’identique de Lourdes…

Source : Livre : Les Saintes maries de la Mer d’Alain Albaric

Outre l’origine évoquée ci-dessus, différentes légendes existent au sujet de Sara la noire, la Kali, ou sainte Sara, vénérée par la communauté gitane aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Son appellation peut rappeler la déesse indienne Kâlî, ce qui concorde avec l’hypothèse de la provenance indienne des Roms vers le IXe siècle. ..

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Dans la tradition chrétienne, Sara aurait été une païenne de haute naissance, épouse répudiée du roi Hérode, convertie au Christianisme, et viendrait de Haute-Égypte. Émigrée avec d’autres sur les rives du Rhône, Sara aurait eu un jour une vision qui l’ aurait informé que les saintes présentes à la mort de Jésus allaient venir vers la côte provençale au lieu-dit Oppidum-Râ -ou Notre-Dame-de-Ratis (lieu dédié au culte du dieu égyptien du soleil. Râ devenant Ratis, ou barque) – et qu’elle devait les aider. Les voyant enfin arriver sur leur embarcation, la mer agitée et le bateau menaçant de se renverser, Sara les aida à atteindre la terre ferme, flottant miraculeusement tout comme le Christ, appuyée par la prière…

Une autre tradition fait de Sara une princesse celto-ligure campant dans le delta du Rhône. Guidée par une vision, Sara se dirigea vers la côte. Voyant Marie Salomé et Marie Jacobé au milieu de la tempête, elle jeta son manteau sur la mer et s’en servit comme d’un radeau pour aider les Saintes à atteindre la terre ferme. Baptisée de leurs mains, elle les conduisit au temple païen, le temple de « Ra », où affluaient déjà les grands pèlerinages. Elle devint ainsi la première chrétienne de Gaulle. C’est cette histoire que retiennent beaucoup de Gitans et ils offrent régulièrement à la statue un nouveau manteau qui s’ajoute aux précédents.

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Quoi qu’il en soit, il fallait là aussi un lieu particulièrement puissant et inspiré pour accueillir un tel débarquement et une telle dévotion, jamais démentie :

1Si l’on prend un peu d’altitude (carte ci-dessous), on peut remarquer les liens déjà connus de l‘église des Saintes-Maries avec celle de Notre Dame de la Major d’Arles et l’Abbatiale de Saint-Gilles. On peut y rajouter également Aigues-Mortes.

Mais une ligne particulièrement intéressante apparaît aussi. Elle est représentée en bleu sur la carte ci-dessous :
le lien se fait avec le Mont-Duplan de Nîmes (une des 7 collines de Nîmes et que je tiens pour une colline sacrée), le Mont Mézenc (qui est à un croisement du réseau 4), la Basilique de Vézelay et la Basilique de St Quentin dans l’Aisne, avec son labyrinthe.

Trois lieux de pèlerinage sur une même ligne (que l’on va pouvoir rajouter à la liste des sacrées lignes… ) !

1Le site des Saintes Maries est également reliée à d’autres sites majeurs de pèlerinages : Saint-Jacques-de-Compostelle, le site de Göbleki Tepe et la colline sacrée d’Arunachala. Cette ligne n’est pas représentée ici mais elle est décrite sur la page : http://www.eurogrille.fr/pelerinages/

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Labyrinthe_St_Quentin1La Basilique de St Quentin et son labyrinthe

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vg_stmariesVan Gogh a séjourné quelques temps aux Saintes-Maries

Vincent_Willem_van_Gogh_042Connaissait-il l’histoire des barques des 3 Maries ?

2 thoughts on “Les Saintes-Maries-de-la-Mer

  1. Bonjour eurogrille,
    Je connais le coin!!
    Sur la pointe du sceau de Salomon ayant pour centre les saintes maries de la mer, en haut à gauche il existe une chapelle récente, chapelle de Montcalm.
    Sur la pointe du sceau de Salomon en haut il existe une croix de l’ancien mas de Méjanes (domaine de Méjanes Paul Ricard ).
    Cordialement.

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